Et si je prenais un amant ?

L’infidélité, un remède à l’ennui ? Trois amies confrontent leurs points de vue : l’une trompe allègrement son mari et y trouve son équilibre, la seconde y répugne bien qu’elle ne soit pas heureuse, une autre témoigne de ce qu’un faux pas a ruiné son mariage. Tel est le « pitch », comme on dit, d’un roman anglais de Carol Mason, paru chez Calmann-Levy. Loin de la littérature, qui peut vivre quoi ? Sophie Cadalen, psychanalyste et auteur de fictions brisant les tabous et d’ouvrages plus orthodoxes fait le point sur des témoignages, choisis tout près de nous, mais … Chuuuut !

Des femmes témoignent …

« Jamais je ne ferai ça à mon mari, Je saurai le quitter avant si je tombe amoureuse d’un autre » jure Cécile, 42 ans .

L’analyse de Sophie Cadalen : Très bien, si Cécile aime à le croire. Et peut-être que tel sera son destin car il y a autant de façon de vivre, ou d’éviter, l’adultère que d’individus ! Mais il faut savoir que plus on est dans la certitude, plus on est menacé d’un adultère douloureux, et même menacé tout court. Etre sûre de ne pas, c’est ne pas se préparer à la surprise de la vie, toujours possible. Une façon aussi de tenir sa peur à distance avec la véhémence parce qu’on se sait justement fragile. Si adultère il y a, il a toutes raisons de se révéler douloureux, et justement fatal pour le couple ».

« L’adultère a sauvé mon couple ! Cette phrase m’horripile, comme si c’était LA solution à la portée de tout le monde » affirme Danièle, 43 ans.

L’analyse de SC : Il n’y a pas de profil-type pour l’adultère, mais personne ne le commet pour sauver son couple, ni par nature comme aiment à le dire certains hommes, ni pour aucune raison consciente. Il se trouve qu’un jour, le désir est réveillé par un autre que le conjoint légitime, voire « révélé », car certains croient ne pas avoir de libido, ou plus. S’il y a passage à l’acte, il est possible pourtant que la découverte d’un soi oublié, ou ignoré, revigore le couple. A condition de comprendre que c’est de soi à soi qu’on a été dérangé, et que ce n’est pas le signe nécessaire qu’il faut faire exploser le couple. L’adultère peut recadrer un couple, oui ! »

« Je trompe mon mari depuis deux mois et je me trouve ignoble, pas de ce que je fais, mais de ne pas le dire. Faut-il le dire ? », demande Johanna, 46 ans.

L’analyse de SC : « Le dire pour soulager sa conscience ? Quand on trompe, on se remet en question soi-même, et à moins d’avoir la volonté de blesser, le repositionnement est avant tout de soi à soi. C’est à soi de tirer des conclusions et d’avoir éventuellement un dialogue constructif, mais dire pour dire, c’est cruel et inutile. L’envie d’aveu vient de la culpabilité, parce qu’on se dit, « c’est pas bien, qui va me punir ? », alors que la vraie question est « Quel sens cela a pour moi ? Qu’est-ce que ça révèle ? » …

« Moi, je ne suis pas capable de tromper sans vivre une grande passion et tout casser », déclare Catherine, 43 ans.

L’analyse de SC : « Il faut faire attention au sens du mot passion ! Certaines s’inventent des sentiments très puissants, et comme une force irrésistible, pour légitimer leur adultère et briser leur couple dans la foulée pour bien montrer, à leurs propres yeux, que ce n’était pas une simple partie de jambes en l’air. Or quel mal y a t-il à se dire qu’on peut aimer très fort deux heures, puis deux autres heures la semaine suivante, sans avoir pour autant envie de sacrifier un couple qui ne va pas si mal ? En revanche, il est vrai que l’on peut ne plus rien gérer à l’occasion d’une rencontre que l’on croyait sans lendemain. Si tel est le cas, c’est que le couple légitime laissait la place à cette fougue, qui peut mener à un autre couple, plus heureux ».

« Coucher avec deux hommes en même temps est au-dessus de mes forces. J’ai des aventures, mais je tourne alors le dos quelque temps à mon mari »
confie Sophie, 44 ans.

L’analyse de SC : « Certains tempéraments sont plus obsessionnels que d’autres : ils ne savent pas se prêter à un jeu, un rôle, un instant, et donnent tout sinon rien. Certaines femmes, quand elles ont du plaisir avec un homme, n’aimeraient plus vivre que pour ce plaisir-là, en occultant tout à fait le fait qu’elles pourraient aussi en avoir avec leur compagnon habituel. Celles-là, si elles se connaissent bien, peuvent tenter de se tenir à l’abri de toute étreinte, mais ce n’est pas une assurance tous risques !

Le Bilan : Il existe autant de façons de vivre l’adultère que de vivre l’amour en général, mais il n’existe aucun individu qui ne doive pas y voir une remise en question. De soi. Car la règle demeure : n’avouez jamais… si le poids du péché ne vous étouffe pas, et ça, ce serait l’affaire de plusieurs siècles de travail psychique !

Et les hommes dans tout ça ?

Historiquement, il était permis aux hommes d’avoir des maîtresses. Mieux, ça ne choquait pas grand monde, note Sophie Cadalen. Alors que le même comportement, pour une femme, était considéré comme scandaleux. C’est assez récent que les magazines féminins osent titre sur : « Prenez un amant ! »

D’ailleurs si les femmes ont plus ou moins accepté pendant longtemps les écarts de leurs époux, l’inverse n’est pas de mise… Ce qui est toléré pour les uns… est socialement réprimé pour les autres …

Et si les hommes peuvent mener une double vie – d’un côté une vie de famille stable et équilibrée avec femme et enfants, de l’autre une maîtresse pour les bons moments et peut-être aussi pour se prouver qu’on est un homme, un vrai …

Pour les femmes, les choses sont différentes. D’une part, parce que la majorité des femmes est moins que mécanique que sensible, et que les femmes ont besoin d’être amoureuses pour tromper leur mari. Alors, quand cela arrive, le dilemme se pose : partir ou rester …

Envie de faire des rencontres entre infidèles ?